Archon emulator — Virtuozia
En bref : Un émulateur est un logiciel qui reproduit le comportement d’un système matériel — console de jeu, ordinateur rétro, architecture processeur — sur une plateforme différente, permettant d’exécuter des logiciels conçus pour l’environnement d’origine sans disposer du matériel physique.L’émulation est une technologie légitime et légalement reconnue pour la préservation du patrimoine numérique, l’interopérabilité et le développement de logiciels, mais son usage pour exécuter des ROM — copies de jeux commerciaux — soulève des enjeux de droit d’auteur précis selon les juridictions.En 2026, l’écosystème des émulateurs s’est considérablement maturé avec des projets comme RetroArch, RPCS3, Yuzu (avant sa fermeture), PPSSPP et Dolphin qui atteignent une fidélité d’émulation exceptionnelle sur du matériel grand public.
Archon emulator : présentation, fonctionnement et enjeux de l’émulation
L’émulation est l’une des technologies informatiques les plus fascinantes et les plus complexes : elle permet à un système informatique de se comporter comme un autre, reproduisant en logiciel le comportement de circuits électroniques dont l’architecture peut être radicalement différente. De la préservation du patrimoine vidéoludique à l’interopérabilité des systèmes d’entreprise en passant par le développement logiciel embarqué, les émulateurs sont des outils à la fois techniques, culturels et juridiquement encadrés. Ce guide explore les fondements techniques de l’émulation, les principaux projets de l’écosystème, le cadre légal applicable et les enjeux de 2026.
- Principe et fonctionnement technique d’un émulateur
- L’écosystème des émulateurs : plateformes et projets majeurs
- Cadre légal de l’émulation et des ROMs
- Émulation et préservation du patrimoine numérique
- Questions fréquentes — émulateurs et émulation
Principe et fonctionnement technique d’un émulateur
L’émulation est le processus par lequel un système informatique — désigné comme hôte — reproduit le comportement d’un autre système — désigné comme invité ou cible — en simulant en logiciel les composants matériels du système invité. Ce principe de base dissimule une complexité technique considérable : reproduire fidèlement le comportement d’un processeur, d’une puce audio, d’un contrôleur vidéo et de leurs interactions précises au niveau de la nanoseconde est l’un des défis d’ingénierie logicielle les plus exigeants qui soit.
La distinction entre émulation et simulation est fondamentale. Une simulation reproduit le comportement observable d’un système sans nécessairement reproduire ses mécanismes internes — une simulation de vol reproduit le comportement de l’avion vu du cockpit sans simuler chaque rivet du fuselage. Une émulation reproduit les mécanismes internes du système cible avec une fidélité suffisante pour que les logiciels conçus pour ce système s’exécutent sans modification — l’émulateur reproduit le comportement du processeur instruction par instruction, la gestion de la mémoire registre par registre, les timings des chips audio cycle par cycle.
Les composants techniques d’un émulateur
Un émulateur de console ou d’ordinateur rétro comprend généralement plusieurs modules interdépendants. Le cœur CPU — CPU core — est le composant le plus critique : il interprète et exécute les instructions machine du processeur cible. Deux approches principales existent. L’interprétation — interpretation — décode et exécute chaque instruction du processeur cible une par une, en simulant l’effet de chaque opcode (code d’opération) sur l’état des registres et de la mémoire. C’est l’approche la plus simple à implémenter mais la moins performante. La recompilation dynamique — dynamic recompilation ou JIT, Just-In-Time compilation — traduit les blocs de code du processeur cible en instructions natives du processeur hôte lors de leur première exécution, puis met en cache cette traduction pour les exécutions suivantes. Cette approche est significativement plus performante mais beaucoup plus complexe à implémenter correctement.
Le système de rendu graphique émule les puces vidéo du système cible (PPU — Picture Processing Unit sur la NES, GPU sur la PS2) en reproduisant leurs capacités de dessin, leurs modes graphiques, leurs tables de couleurs et leur gestion de la mémoire vidéo. Le système audio reproduit les puces sonores (APU — Audio Processing Unit) qui génèrent les sons en temps réel. La gestion des contrôleurs mappe les entrées des périphériques modernes (manettes USB, claviers, souris) vers les signaux d’entrée du système émulé. Le système de mémoire gère la cartographie mémoire — memory mapping — du système cible, reproduisant l’adressage des ROM, RAM, registres de chips et zones spéciales.
La notion de précision d’émulation
La précision d’un émulateur — ou fidélité — se mesure à sa capacité à reproduire le comportement du système original sur l’intégralité des logiciels qui lui étaient destinés, y compris ceux qui exploitent des comportements non documentés ou des bugs du matériel original. Les émulateurs se répartissent sur un spectre entre la haute compatibilité (faire fonctionner le plus grand nombre de titres possible avec des raccourcis d’implémentation) et la haute précision (reproduire le comportement exact du matériel cycle par cycle, au prix d’exigences de calcul bien supérieures). higan/bsnes pour la Super Nintendo est l’exemple de référence en matière de précision cycle-accurate — une approche qui nécessite une puissance de calcul cent fois supérieure à l’émulation classique mais reproduit le comportement de la SNES avec une fidélité quasi parfaite, y compris les bugs et les comportements non documentés de la puce PPU.
Les défis techniques spécifiques de chaque génération
Chaque génération de consoles présente des défis techniques d’émulation spécifiques. Les consoles 8 et 16 bits (NES, SNES, Mega Drive) sont émulées depuis les années 1990 avec une précision excellente — leurs architectures bien documentées et leur faible puissance de calcul relative les rendent accessibles. Les consoles 32 et 64 bits (PlayStation, N64) présentent des défis liés à la précision flottante et aux comportements non standard de leurs processeurs RISC (MIPS, R4000). Les consoles 128 bits (PS2, GameCube, Xbox) introduisent la complexité des architectures multi-processeurs et des pipelines graphiques propriétaires. Les générations actuelles (PS3, Xbox 360) sont les plus difficiles à émuler en raison de leurs architectures radicalement hétérodoxes — la Cell Broadband Engine de la PS3 avec ses 8 SPU (Synergistic Processing Units) est l’une des architectures les plus complexes jamais produites pour une console grand public.
🔍 Analyse
La complexité de l’émulation illustre un paradoxe fascinant de l’informatique : reproduire en logiciel le comportement d’un processeur conçu dans les années 1980 avec quelques milliers de transistors peut nécessiter en 2026 plusieurs gigahertz de puissance de calcul sur un processeur moderne aux milliards de transistors. Ce paradoxe s’explique par la nature fondamentalement différente des deux architectures : un ordinateur moderne exécute des opérations très différentes de celles pour lesquelles un processeur 8 bits comme le 6502 (NES) ou le Z80 (Mega Drive) était optimisé, et la traduction entre les deux mondes impose une surcharge computationnelle inévitable.
L’écosystème des émulateurs : plateformes et projets majeurs
L’écosystème des émulateurs est dominé par des projets open source développés par des communautés de passionnés, parfois pendant des décennies. Ces projets représentent des efforts d’ingénierie reverse — analyse du comportement d’un système sans accès à sa documentation technique interne — remarquables.
RetroArch et libretro : le framework d’émulation universel
RetroArch est la plateforme d’émulation la plus polyvalente disponible en 2026. Il fonctionne comme un frontend unifié pour une bibliothèque de « cores » — modules d’émulation — chacun implémentant un système différent via l’API standardisée libretro. Cette architecture modulaire permet à RetroArch de supporter des dizaines de systèmes (NES, SNES, Mega Drive, PS1, N64, GBA, DOS, Atari…) dans une interface unifiée avec des fonctionnalités partagées : shaders graphiques (filtres qui reproduisent l’aspect des écrans CRT ou améliorent les graphiques pixelisés), netplay (jeu en réseau pour les jeux rétro qui n’en disposaient pas), savestates (sauvegardes à n’importe quel moment de la partie), rembobinage (rewind — possibilité de revenir quelques secondes en arrière), cheat codes et scanlines. RetroArch est disponible sur Windows, macOS, Linux, Android, iOS, PlayStation, Xbox, Switch et des dizaines d’autres plateformes.
RPCS3 : l’émulation PS3, un exploit technique
RPCS3 est l’émulateur PlayStation 3 open source qui a accompli ce qui semblait impossible il y a encore quelques années : émuler la PS3 avec sa Cell Broadband Engine sur du matériel PC grand public avec un niveau de compatibilité et de performance jouable. En 2026, RPCS3 peut faire tourner plusieurs milliers de titres PS3 avec un niveau de compatibilité allant de « jouable » à « parfait ». Des jeux comme Persona 5, The Last of Us, Demon’s Souls et de nombreux exclusifs PS3 fonctionnent à 60 images par seconde — parfois avec une meilleure qualité graphique que sur le matériel d’origine grâce à l’upscaling. RPCS3 est entièrement libre et open source, développé depuis 2011 par une communauté de contributeurs bénévoles. Il constitue une référence de l’ingénierie reverse et un exemple de la capacité des projets communautaires à accomplir des prouesses techniques que peu d’équipes professionnelles auraient pu réaliser.
Dolphin : GameCube et Wii avec une fidélité remarquable
Dolphin est l’émulateur GameCube et Wii de référence, maintenu depuis 2003 et considéré comme l’un des projets d’émulation les plus aboutis en termes de qualité de code et de précision. Il supporte l’upscaling de la résolution jusqu’à 8K, les shaders de post-traitement, l’émulation de la télécommande Wii via des contrôleurs modernes ou la gyroscopie d’un smartphone, le netplay, et une compatibilité proche de 100 % avec le catalogue GameCube et très élevée avec le catalogue Wii. Dolphin est open source (GPL v2) et disponible sur Windows, macOS et Linux. Il est régulièrement utilisé par les speedrunners — joueurs qui cherchent à compléter des jeux le plus rapidement possible — pour des raisons de praticité et de fonctionnalités (outils de timing, savestates précises).
PPSSPP : la PSP partout
PPSSPP est l’émulateur PSP (PlayStation Portable) développé depuis 2012 par Henrik Rydgård, et l’un des plus impressionnants en termes de rapport compatibilité/performance. Disponible sur Windows, macOS, Linux, Android et iOS, il permet de jouer aux jeux PSP sur smartphone avec une émulation haute fidélité, une résolution upscalée et des contrôles tactiles. Sa disponibilité sur iOS via l’App Store depuis 2024 — dans le cadre des nouvelles règles d’Apple sur les émulateurs suite aux obligations réglementaires européennes — a considérablement élargi son audience. La quasi-totalité du catalogue PSP est jouable avec une qualité graphique supérieure à l’original grâce à l’upscaling et à l’antialiasing.
Les émulateurs Android et iOS : la légalisation des stores
L’une des évolutions majeures de 2024 dans l’écosystème des émulateurs est l’apparition des émulateurs sur l’App Store d’Apple. Sous la pression de la réglementation européenne (Digital Markets Act), Apple a assoupli sa politique et autorisé les émulateurs sur l’App Store mondial en avril 2024. Delta (émulateur Nintendo multi-système — NES, SNES, N64, GBA, DS, Game Boy) est devenu l’application la plus téléchargée de l’App Store le jour de son lancement. PPSSPP, RetroArch et plusieurs autres émulateurs ont suivi. Cette légalisation des émulateurs sur les stores officiels marque une reconnaissance institutionnelle de la légitimité de la technologie d’émulation elle-même, distincte de la question de la légalité des ROMs.
| Émulateur | Système(s) émulé(s) | Plateformes hôtes | Licence | Compatibilité |
|---|---|---|---|---|
| RetroArch | Multi-système (50+) | Windows, Mac, Linux, Android, iOS, consoles | GPL v3 | Variable selon core |
| Dolphin | GameCube, Wii | Windows, Mac, Linux, Android | GPL v2 | >95 % |
| RPCS3 | PlayStation 3 | Windows, Linux, Mac | GPL v2 | >85 % jouable |
| PPSSPP | PlayStation Portable | Windows, Mac, Linux, Android, iOS | GPL v2 | >98 % |
| Delta | NES, SNES, N64, GBA, DS | iOS, iPadOS | GPL v3 | >95 % |
| MAME | Bornes d’arcade (7000+) | Windows, Mac, Linux | BSD/GPL | Très large |
| higan/bsnes | SNES (cycle-accurate) | Windows, Mac, Linux | GPL v3 | ~100 % précision |
Cadre légal de l’émulation et des ROMs
La légalité de l’émulation est un sujet complexe qui varie selon les pays et qui distingue clairement la technologie d’émulation elle-même — légale dans la quasi-totalité des juridictions — des ROMs — copies de logiciels commerciaux — dont le statut juridique est plus nuancé.
La légalité des émulateurs : un principe bien établi
La technologie d’émulation elle-même est légale dans la quasi-totalité des pays occidentaux. Aux États-Unis, la décision Sega v. Accolade (1992) et l’affaire Sony Computer Entertainment America v. Connectix (2000) ont établi des précédents clairs : le reverse engineering d’un système à des fins d’interopérabilité est une pratique légalement protégée par le « fair use ». Le tribunal a notamment jugé que Connectix avait le droit de créer un émulateur PlayStation (Virtual Game Station) en reverse-engineerant le BIOS de la console, car cela servait un objectif légitime d’interopérabilité. En Europe, la directive sur le droit d’auteur (2001/29/CE) et ses transpositions nationales autorisent la décompilation et l’analyse technique à des fins d’interopérabilité. En France, l’article L122-6-1 du Code de la propriété intellectuelle prévoit une exception pour la décompilation nécessaire à l’interopérabilité.
La question des ROMs : une situation plus complexe
Une ROM — Read-Only Memory dans ce contexte — désigne une copie numérique du contenu d’une cartouche ou d’un disque de jeu. Le statut légal des ROMs est distinct de celui des émulateurs et varie selon plusieurs paramètres. La copie privée — faire soi-même une copie d’un jeu que l’on possède légalement — est généralement tolérée dans les législations qui reconnaissent ce droit (France notamment, avec l’article L122-5 du CPI), mais sa mise en ligne ou son téléchargement depuis des sites non autorisés constitue dans la plupart des pays une violation du droit d’auteur. Les ROM abandonware — logiciels dont l’éditeur n’existe plus et qui ne sont plus commercialisés — sont dans une zone grise juridique : le droit d’auteur reste en vigueur pendant 70 ans après la mort de l’auteur en Europe, indépendamment de la disponibilité commerciale de l’œuvre. La notion de « ROM dump personnel » — extraire soi-même la ROM d’un jeu que l’on possède physiquement pour l’utiliser dans un émulateur — est techniquement légale dans les pays reconnaissant la copie privée, mais rarement pratiquée car elle nécessite du matériel spécifique (cartridge dumper).
Les évolutions légales récentes favorables à l’émulation
Plusieurs évolutions légales récentes ont renforcé la légitimité de l’émulation. La Library of Congress américaine a régulièrement renouvelé depuis 2015 des exemptions au DMCA — Digital Millennium Copyright Act — permettant aux bibliothèques et musées d’utiliser des émulateurs pour préserver et donner accès aux logiciels dont les DRM — Digital Rights Management, mesures de protection technique — ne fonctionnent plus sur le matériel d’origine. En Europe, le Digital Markets Act a indirectement favorisé l’ouverture des stores aux émulateurs en limitant les politiques restrictives d’Apple. Nintendo a néanmoins mené des actions judiciaires agressives contre les créateurs de ROMs (ROM sites) et contre certains projets d’émulation qui reproduisaient du code propriétaire (Yuzu, fermé en mars 2024 après un accord à 2,4 millions de dollars avec Nintendo).
⚠️ Point de vigilance
La fermeture de Yuzu — le plus populaire émulateur Nintendo Switch — en mars 2024 après une action judiciaire de Nintendo illustre les risques auxquels s’exposent les projets d’émulation qui permettent de jouer à des jeux récents encore commercialisés. Nintendo a soutenu que Yuzu facilitait la piraterie de jeux Switch avant leur sortie commerciale, argument que le tribunal a retenu dans le cadre de la procédure de règlement. Les émulateurs qui ciblent des systèmes actuellement commercialisés (PS5, Switch 2) et dont le principal cas d’usage est le contournement de l’achat des jeux sont dans une position juridique beaucoup plus fragile que les émulateurs de systèmes en fin de vie dont les jeux ne sont plus disponibles à la vente.
Émulation et préservation du patrimoine numérique
Au-delà du loisir, l’émulation joue un rôle crucial et reconnu dans la préservation du patrimoine culturel numérique — un enjeu qui mobilise bibliothèques nationales, musées et institutions académiques dans le monde entier.
Le patrimoine vidéoludique : une urgence culturelle
La préservation du patrimoine vidéoludique est une urgence culturelle documentée par plusieurs études. Une étude de la Video Game History Foundation publiée en 2023 a établi que 87 % des jeux vidéo classiques sont considérés comme « en voie de disparition » — leur accès légal est impossible ou très difficile : jeux retirés des ventes, plateformes de distribution abandonnées (GameSpy, Xbox Live Arcade initial), supports physiques qui se dégradent (disquettes, cassettes), DRM rendus non fonctionnels par l’arrêt des serveurs d’activation. Sans émulation, une part significative de l’histoire culturelle des quarante dernières années deviendrait inaccessible aux générations futures.
Les émulateurs sont les outils de préservation les plus efficaces disponibles. Contrairement à la conservation physique — qui nécessite du matériel fonctionnel de plus en plus difficile à obtenir et à entretenir — l’émulation permet de faire tourner un logiciel de 1985 sur du matériel de 2026 sans dépendance à des composants électroniques en fin de vie. La Bibliothèque nationale de France, la Library of Congress et l’Internet Archive utilisent des émulateurs pour préserver et donner accès à des logiciels historiques, des jeux vidéo anciens et des documents numériques sur des formats devenus illisibles.
L’Internet Archive et la préservation légale
L’Internet Archive — organisation à but non lucratif qui archive le web et les médias numériques — propose une bibliothèque de jeux anciens jouables directement dans le navigateur via des émulateurs JavaScript (principalement EmulatorJS, basé sur des cores RetroArch compilés en WebAssembly). Cette bibliothèque, accessible à archive.org/details/internetarcade, contient des milliers de jeux de bornes d’arcade, de DOS, d’Atari et de consoles rétro dont les droits ont expiré ou dont les éditeurs ont accordé des licences de préservation. L’Internet Archive a soutenu devant les tribunaux que cette activité de préservation relève du fair use, une position qui a été partiellement validée par les tribunaux dans le contexte spécifique de la préservation de logiciels historiques.
L’émulation dans le monde professionnel et académique
L’émulation est également une technologie professionnelle légitime dans de nombreux contextes. Dans le développement de logiciels embarqués et de systèmes sur puce — SoC, System on Chip — les émulateurs permettent de développer et de tester des logiciels avant que le matériel physique ne soit disponible ou accessible. Android Studio intègre un émulateur Android complet pour le développement d’applications mobiles. Les émulateurs iOS/macOS sont intégrés à Xcode pour le développement Apple. QEMU — Quick EMUlator — est un émulateur open source de référence dans les environnements de développement et de virtualisation d’entreprise, capable d’émuler des dizaines d’architectures processeur (ARM, RISC-V, PowerPC, x86) pour le cross-compilation et le test de logiciels. Dans le domaine académique, l’émulation permet aux chercheurs en histoire de l’informatique d’étudier des logiciels anciens, d’analyser des malwares historiques dans des environnements isolés, et de préserver des résultats de recherche produits sur des systèmes obsolètes.
Les musées et l’émulation comme médiation culturelle
De nombreux musées consacrés à l’histoire de l’informatique et du jeu vidéo utilisent l’émulation comme outil de médiation culturelle, permettant aux visiteurs d’interagir avec des logiciels historiques sur des interfaces modernes. Le Musée du Jeu Vidéo de La Cité des Sciences à Paris, le Computer History Museum de Mountain View (Californie) et le National Videogame Museum au Royaume-Uni exposent des collections interactives basées sur l’émulation. Cette légitimité institutionnelle renforce la position de l’émulation comme technologie culturelle à part entière, distincte de ses usages détournés pour la piraterie.
✅ À retenir
L’émulation est une technologie légitime, légalement reconnue et culturellement précieuse dont les applications vont de la préservation du patrimoine numérique au développement logiciel professionnel en passant par le loisir rétro. Sa légalité est bien établie pour les émulateurs eux-mêmes ; les questions juridiques se posent autour des ROMs de jeux commerciaux actuellement distribués. En 2026, les projets les plus vertueux de l’écosystème — MAME pour les bornes d’arcade, Dolphin pour Nintendo, RPCS3 pour la PS3 — sont développés en open source par des communautés qui documentent leur méthodologie de reverse engineering, forment des générations d’ingénieurs et préservent des œuvres culturelles menacées de disparition.
Questions fréquentes — émulateurs et émulation
Qu’est-ce qu’un émulateur et à quoi sert-il ?
Un émulateur est un logiciel qui reproduit le comportement d’un système matériel — console de jeu, ordinateur rétro, architecture processeur — sur une plateforme différente. Il permet d’exécuter des logiciels conçus pour l’environnement d’origine sans disposer du matériel physique. Les usages légitimes sont nombreux : préservation du patrimoine numérique (jeux et logiciels historiques inaccessibles autrement), développement logiciel (tester une application Android ou iOS sans appareil physique), ingénierie système (développer des logiciels embarqués avant la disponibilité du matériel cible), et loisir rétro (jouer à des jeux anciens sur du matériel moderne). Un émulateur est techniquement distinct d’une ROM : l’émulateur est le logiciel qui fait fonctionner le système émulé, la ROM est le contenu du logiciel à exécuter.
Est-il légal d’utiliser un émulateur en France ?
Oui, l’utilisation d’un émulateur est légale en France. La technologie d’émulation elle-même ne viole aucune loi française ou européenne — elle est même explicitement protégée par l’article L122-6-1 du Code de la propriété intellectuelle qui autorise la décompilation à des fins d’interopérabilité. Les émulateurs disponibles sur des plateformes comme RetroArch, Dolphin, PPSSPP ou RPCS3 sont des logiciels open source parfaitement légaux. La question de la légalité se pose différemment pour les ROMs : la copie privée d’un jeu que vous possédez physiquement est généralement couverte par l’exception de copie privée de l’article L122-5 du CPI, mais le téléchargement de ROMs depuis des sites de partage constitue une atteinte au droit d’auteur. Dans les deux cas, l’émulateur lui-même est hors de cause.
Quel émulateur choisir pour débuter en 2026 ?
Pour débuter dans l’émulation en 2026, deux approches sont recommandées selon le profil. Pour une approche tout-en-un qui couvre de nombreux systèmes depuis une interface unifiée : RetroArch est la référence, avec une documentation complète et une communauté active, bien que son interface initiale puisse dérouter les débutants. Pour une approche dédiée à un système spécifique : Dolphin pour GameCube et Wii (interface intuitive, excellente documentation), PPSSPP pour PSP (très simple à configurer, disponible sur mobile), RPCS3 pour PS3 (nécessite un PC puissant), Delta pour iOS (disponible directement sur l’App Store). Pour les systèmes Nintendo 8 et 16 bits, les cores Mesen (NES) et bsnes/Snes9x (SNES) via RetroArch sont les références en termes de précision.
Pourquoi l’émulation Nintendo Switch (Yuzu) a-t-elle été fermée ?
Yuzu — le principal émulateur Nintendo Switch, développé depuis 2017 — a été fermé en mars 2024 à la suite d’une action en justice de Nintendo. Nintendo soutenait que Yuzu facilitait la piraterie de jeux Switch, notamment en permettant de jouer à des jeux dont les copies piratées circulaient avant même leur sortie commerciale (The Legend of Zelda: Tears of the Kingdom avait été piraté et joué via Yuzu avant sa sortie officielle). Les développeurs de Yuzu ont accepté de fermer le projet et de verser 2,4 millions de dollars à Nintendo dans le cadre d’un accord à l’amiable, sans reconnaissance explicite de culpabilité. Cet épisode illustre le risque particulier que courent les émulateurs de systèmes actuellement commercialisés : contrairement à l’émulation de systèmes en fin de vie, l’émulation de la Switch facilite directement le contournement de l’achat de jeux qui génèrent encore des revenus significatifs pour Nintendo.
L’émulation est une technologie informatique fondamentale dont la légitimité technique, juridique et culturelle est solidement établie en 2026. Elle représente l’un des efforts les plus impressionnants de l’ingénierie logicielle communautaire : des équipes de bénévoles qui, sans accès aux documentations techniques propriétaires, reconstituent le comportement exact de puces complexes par seule observation de leurs sorties. Les émulateurs comme RetroArch, Dolphin, RPCS3, PPSSPP et MAME sont des prouesses techniques qui préservent un patrimoine culturel en danger, forment des générations d’ingénieurs et démontrent la puissance de la collaboration open source. Leur usage responsable — pour la préservation, le développement logiciel, le loisir rétro sur des systèmes en fin de vie — s’inscrit pleinement dans les cadres juridiques existants et dans la tradition de l’informatique libre.